Yann Moix

Yann Moix / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Yann Moix / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

Tout est toujours compliqué, alambiqué, dans les sentiments. Tout le monde voudrait dire « je t’aime », être heureux. Être heureux définitivement, sans altération, sans ramification, sans amplification mais sans dégénérescence : on en appelle à du fixe, à de l’immobile, à de l’immarcescible. Non : il y a toujours une tumeur qui sourd, un orage qui fait ses gammes quelque part, une horreur qui tonne. On ne peut s’acheter, une fois pour toutes, cette tranquillité qui apaise, ronronne, pourrait mourir avec nous, doucement. On voudrait bien s’adorer jusqu’à la tombe, mais des événements viennent défaire les vœux, déraciner les promesses, abîmer l’espérance. On achète, dans l’amour qui naît, un futur qui ne veut jamais exister. Impression, atroce, que le sommaire ment sans cesse, que les pages du livre se contredisent, que le chef-d’œuvre est toujours empêché.

Aucun mot, à vrai dire, n’est l’antonyme d’aucun autre, et si le mot « nuit » n’est pas le contraire du mot « jour », c’est tout simplement parce que la nuit lui succède sans salamalecs. Je m’en vais, je sors de nous deux comme un acteur sort de scène, parce que je ne parviens même pas à être le contraire de toi. Je ne suis rien par rapport à toi, et rien en face de toi : un corps entrechoquant ton corps, une parole se frottant contre ta parole, un assemblage de discours égoïstes qui vient contrecarrer ton assemblage de discours égoïstes. Nous sommes deux cailloux posés. Nous ne parvenons jamais à ne faire qu’un seul, parce qu’un seul, à deux, sauf dans les mythologies, cela n’existe pas. Nous sommes côte à côte, rien de plus : on nous vend l’amour comme un partage des âmes ; nous ne sommes que des voisins de palier.

Nous sommes deux cailloux, deux ‘chaises’, deux immeubles, deux entités discernables, impartagées, impartageables. Nous ne nous faisons pas d’illusions sur notre mélange, sur notre fusion, sur notre disparition l’un dans l’autre – nous sommes faits pour le heurt, l’entrechoc, la juxtaposition. Nous sommes distincts, nous sommes différents, nous sommes étrangers, nous sommes chacun l’intrus de l’autre. Nous sommes incapables de ne pas être rien que nous. Et quand on voyage, c’est encore avec soi. — Yann Moix / Extraits Une simple lettre d’amour.

Eric-Emmanuel Schmitt

Eric-Emmanuel Schmitt / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Eric-Emmanuel Schmitt / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

« Une mère peut-elle dire à son fils que plus tard il souffrira, qu’il aimera sans être aimé, humilié, bafoué, détesté, méprisé, seul, perdu ?… Quelle mère voudra dire à son fils qu’il sortira de la vie comme un vaincu, battu par le temps et détruit par la mort… Y a-t-il une mère qui, lorsqu’elle tient ce petit bout de chair rose contre elle, lorsqu’elle regarde ces grands yeux clairs qui ne voient que depuis quelques jours, y a-t-il une mère qui a le courage d’annoncer l’avenir et son cortège d’horreurs ? Le premier acte d’amour d’une mère est le mensonge ». — Eric-Emmanuel Schmitt / Golden Joe [Meg] in Théâtre 2 p.63, Livre de Poche, n°15599

Jean D’Ormesson

Jean D'Ormesson / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Jean D’Ormesson / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

L’énigme

Est-il alors permis de parler d’une énigme ?
Mais, par Définition, toute énigme a sa solution.
Peut-être n’y a-t-il pas de solution au problème posé par l’univers et par notre destin ?
Il n’est pas impossible que le monde soit absurde, que tant de bien et tant de mal, tant de souffrances, tant de bonheurs, tant de beauté et d’amour tombent à jamais dans le néant et l’oubli et que la vie, qui nous est si chère, n’ait pas le moindre sens.— Jean D’Ormesson / Guide des égarés

Aimé Césaire

Aimé Césaire / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Aimé Césaire / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

Pour nous, le choix est fait. Nous sommes de ceux qui refusent d’oublier. Nous sommes de ceux qui refusent l’amnésie même comme méthode. Il ne s’agit ni d’intégrisme, ni de fondamentalisme, encore moins de puéril nombrilisme. » — Discours sur le colonialisme / Citation de Aimé Césaire

Luz

Luz / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Luz / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

Un jour, le dessin m’a quitté.
Le même jour qu’une poignée d’amis chers.
A la seule différence qu’il est revenu, lui.
Petit à petit. A la fois plus sombre et plus léger.
Avec ce revenant, j’ai dialogué, pleuré, ri, hurlé, je me suis apaisé à mesure que le trait s’épurait.
Tous deux, nous avons essayé de comprendre.
Nous nous sommes dit, le dessin et moi que nous ne serions plus jamais les mêmes.
Comme tant d’autres.
Ce livre n’est pas un témoignage, encore moins un ouvrage de bande dessinée, mais l’histoire de retrouvailles entre deux amis qui ont failli un jour ne plus jamais se croiser. — Luz / Catharsis Futuropolis

Guillaume Bouzard

Guillaume Bouzard / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Guillaume Bouzard / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

Et arrête avec ces histoires de péchés, de ceci, de cela ! Fais plutôt plaisir à ces femmes !

Faire plaisir à ces femmes ? Que voulez-vous dire Seigneur ?

Tu le sais très bien ce que je veux dire ! Les femmes de Bourg-Saint-Guillaume ont besoin d’amour ! Je me suis laissé dire que Dieu était amour non ? C’est quand même pas moi qui l’ai inventé ! Et qui est le représentant de Dieu sur terre ?

Moi ?

Bingo !

La bibite bon dieu. — Bouzard

Fabrice Luchini

Fabrice Luchini / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Fabrice Luchini / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

Le moi est une pourriture et une impasse. C’est un petit être inconfortable, malheureux, qui s’invente des mythologies pour continuer à vivre l’absurdité. — Fabrice Luchini

La vie n’est supportable qu’avec les femmes — Fabrice Luchini

Michel Houellebecq

Michel Houellebecq / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.
Michel Houellebecq / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

J’ai un rêve
par Michel Houellebecq

 » Que les choses soient claires : la vie, telle qu’elle est, n’est pas mauvaise. Nous avons accompli certains de nos rêves. Nous pouvons voler, nous pouvons respirer sous l’eau, nous avons inventé des appareils électro-ménagers et l’ordinateur. Le problème commence avec le corps humain. Le cerveau par exemple est un organe d’une grande richesse et les gens meurent sans avoir exploité toutes ses possibilités. Non parce que la tête est trop grosse mais parce que la vie est trop courte. Nous vieillissons rapidement et nous disparaissons. Pourquoi ? Nous ne savons pas, et si nous savions nous serions tout de même insatisfaits. C’est très simple : les êtres humains veulent vivre et pourtant ils doivent mourir. A partir de là, le premier désir est d’être immortel. Bien sûr, personne ne sait à quoi ressemble la vie éternelle, mais nous pouvons l’imaginer.

Dans mon rêve de vie éternelle il ne se passe pas grand chose. Peut être que je vis dans une grotte. Oui, j’aime les grottes, il fait sombre et frais et je me sens en sécurité à l’intérieur. Souvent je me demande s’il y a eu de réels progrès depuis la vie dans les grottes. Lorsque je suis assis là, écoutant calmement le bruit de la mer, entouré de créatures amicales, je pense à ce que je voudrais enlever dans ce monde : les puces, les oiseaux de proie, l’argent et le travail. Probablement aussi les films pornos et la croyance en dieu. De temps à autre, je décide d’arrêter de fumer. A la place des cigarettes, je préfère prendre des pilules qui ont un effet stimulant analogue sur mon cerveau. De plus, j’ai une grande variété de drogues synthétiques à ma disposition, chacune de ces drogues développe ma sensibilité. Je suis alors capable d’entendre des ultra-sons, de voir les rayons ultra-violets – et d’autres choses que j’ai du mal à comprendre.

Je suis un peu différent à présent, pas seulement plus jeune, mon corps est transformé, j’ai quatre jambes, c’est chouette, je me tiens beaucoup mieux debout, solidement relié à la terre. Même quand je bois trop, je n’ai pas peur de tomber. Contrairement à l’homme primitif, le kangourou et le pingouin, rien ne m’ébranle facilement. Et il y a plus : je n’ai plus besoin de vêtements. Les vêtement ne sont pas pratiques, quels que soient leur forme, ils gênent la respiration de la peau. Nu je me sens plus libre. Le plus important, c’est que je ne suis ni mâle ni femelle – un hermaphrodite. Avant je ne pouvais qu’imaginer la sensation de la pénétration, n’étant pas homosexuel. Maintenant j’en ai quelque idée, c’est une expérience fondamentale que j’attendais depuis longtemps. Je n’ai plus rien à espérer. Certains lecteurs se demanderont si la vie, dans la plus belle des grottes avec les plus adorables des créatures, ne finirait pas par être ennuyeuse après des milliers d’années (voire des centaines de milliers d’années dans mon cas). Non, je ne crois pas, en tout cas pas pour moi. Je ne trouve pas ennuyeux de répéter à l’infini ce que j’aime faire, j’irais même plus loin : le vrai bonheur est la répétition, dans le perpétuel recommencement de la même chose, comme dans la danse et la musique, par exemple Autobahn de Krafwerk. Il en va de même pour le sexe : quand c’est terminé, nous voudrions recommencer. Le bonheur est une accoutumance, une accoutumance qui peut être concentrée dans des trucs chimiques où dans des êtres humains, quand j’ai mes pilules ou mes amis, je n’ai plus besoin de rien. L’ennui est l’alternative du bonheur, le quotidien journalier, les nouveaux produits, les informations – même présentées de façon attractive. J’ai trouvé le bonheur dans ma grotte, je n’ai plus rien à espérer, je prends un bain quand je veux. Dehors il fait chaud et clair, je pense un peu à l’Allemagne où des gens ont vécus ensemble dans des petits espaces et je suis heureux que le paradis ne connaissent pas la surpopulation. Les gens sont libres de choisir leur tombeau, ils roulent autant qu’ils veulent.

J’ouvre mes yeux et constate que mon rêve est plutôt superficiel. J’allume une nouvelle cigarette, mâchouille le filtre, en réalité il n’y a pas d’harmonie avec l’univers. Dans les moments de bonheur, par exemple en contemplant un beau paysage, je sais instantanément que je n’en fais pas partie, le monde m’apparaît comme quelque chose d’étrange, je ne connais aucun endroit où je puisse me sentir chez moi. Dieu, lui-même ne peut résoudre ce problème, d’ailleurs je ne crois pas en dieu, il n’est pas nécessaire, ni ici ni au paradis. Je crois en l’amour, c’est la seule chose valable que nous possédions, mieux qu’un programme de fitness, mieux que le sport. Peut être qu’un jour mon rêve d’éternité se réalisera, je serai alors une créature avec des jambes, des ailes ou des tentacules, peut être ailleurs. Contrairement à la plupart des gens, je ne crains pas la mort, en vieillissant, je redécouvre ma jeunesse, longtemps oubliée et de temps à autre lorsque les choses vont mal, je me carapace confortablement dans mon travail. Mes livres me garantissent déjà une forme d’immortalité. »

Stéphane ‘Charb’ Charbonnier

Stéphane Charbonnier, dit Charb Journaliste et dessinateur français (1967-2015) à Charlie Hebdo
Stéphane Charbonnier, dit Charb Journaliste et dessinateur français (1967-2015) à Charlie Hebdo
Stéphane Charbonnier, dit Charb Journaliste et dessinateur français (1967-2015) à Charlie Hebdo / 50 x 65 cm / Papier: Clairfontaine 200 gr.

« En France, la liberté d’expression n’est pas assez utilisée par ceux qui ont les moyens de s’en servir. » — Stéphane Charbonnier, dit Charb / France3, 4 décembre 2012

« Je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. Ça fait sûrement un peu pompeux, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. » — Stéphane Charbonnier, dit Charb / Journal Le Monde, 19 septembre 2012

C’est par le rire, la moquerie et la bonne humeur que Charb résistait. Continuons à brandir le poing, ce signe de résistance et de conquête du bonheur qu’il affectionnait tant. Immense respect. Merci Charb !

A la Charbonnerie !